Il n'a plus rien à prouver. Champion du Monde en 1998, champion d'Europe en 2000, trois fois champion d'Angleterre (1998, 2000, 2004), quatre fois champion en Italie (1996, 2007, 2008, 2009), Patrick Vieira a connu tous les honneurs. Pourtant, à 33 ans, ce compétiteur né s'est fixé un dernier challenge à la hauteur de son talent : disputer une quatrième Coupe du Monde de la FIFA. FIFA.com vous détaille les dessous d'un délicat banco.

Le 23 juin prochain, Patrick Vieira veut fêter ses 34 ans en Afrique du Sud. L'enfant de Dakar ne peut concevoir de louper le premier rendez-vous au sommet de la planète foot sur le sol africain.

Dès le mois de novembre dernier, alors qu'il partageait son temps entre l'infirmerie et le banc des remplaçants de l'Inter Milan, il annonçait la couleur : "Il n'y a pas meilleur en France à mon poste". Dans la bouche d'un autre, cela aurait pu paraître prétentieux. Mais tout au long de ses 107 sélections sous le maillot bleu, l'encadrement de l'équipe de France et ses divers partenaires ont découvert que l'ancien capitaine parlait rarement pour ne rien dire. "S'il joue, il sera plus que candidat", a rapidement répondu le sélectionneur Raymond Domenech.

J'ai confiance. J'ai foi en moi. Je n'ai plus 20 ans mais je n'en ai pas encore 40 ou 45. Je reste en forme et, surtout, je suis très motivé
A quelques mois d'Afrique du Sud 2010, Patrick Vieira s'est lancé un ultime grand défi

Le problème c'est que Vieira joue peu. Depuis une Coupe du Monde de la FIFA 2006 exemplaire, où sa sortie sur blessure en finale contre l'Italie a laissé un grand vide, ce puissant milieu relayeur est poursuivi par des blessures à répétition. Entre la compétition allemande et fin décembre 2009 il n'a en effet disputé que 91 matches sous les couleurs nerazzurri. Pire encore, il n'a joué que trois matches amicaux en deux ans avec l’équipe de France, le dernier le 2 juin 2009 contre le Nigeria (0:1).

Pourtant Pat' y croit. "J'ai confiance. J'ai foi en moi. Je n'ai plus 20 ans mais je n'en ai pas encore 40 ou 45. Je reste en forme et, surtout, je suis très motivé", explique-t-il. Pour se donner les moyens de convaincre Domenech, il lui fallait impérativement trouver du temps de jeu. A l'Inter, Jose Mourinho ne comptait plus trop sur lui. Il choisit alors un traitement de choc et se tourne vers l'Angleterre où sa grande carcasse a fait merveille entre 1996 et 2005, tout au long des 404 rencontres disputées sous le maillot d'Arsenal.

Même s'il est un "vieux" routier des terrains, Vieira a besoin de sentir la confiance de son entraîneur pour s'exprimer. C'est la raison pour laquelle il opte pour Manchester City où il retrouve Roberto Mancini, l'homme qui l'avait fait venir à l'Inter. "Patrick reste un grand joueur, que ce soit sur le terrain ou dans l'état d'esprit. Je suis convaincu qu'il peut être très important pour nous", estime l'élégant coach avant de moduler : "J'espère qu'il pourra jouer les quinze matches qu'il nous reste".

Chance ou Pat' chance ?
Seul le temps pourra répondre à cette question. En revanche, sur le plan purement sportif, il est indéniable que le numéro 24 des Citizens présente un profil particulièrement intéressant pour les Bleus. S'il est sélectionné, il redeviendra immédiatement le patron qui fait cruellement défaut à une équipe bourrée de talents mais toujours à la recherche d'un joueur fédérateur. Si Lassana Diarra, Jérémy Toulalan et Alou Diarra sont actuellement les milieux récupérateurs des vice-champions du Monde, ils n'ont toutefois pas cette capacité à se projeter vers l'avant pour remonter le ballon. Seul Abou Diaby présenterait ce profil de relayeur mais il n'a plus été rappelé depuis 2008.

Avant de frapper à la porte des Bleus, l'ancienne figure de proue de la Premier League va d'abord devoir décrocher une place de titulaire à City où la concurrence est là aussi relevée avec Stephen Ireland, Nigel de Jong et Gareth Barry. Pour sa première apparition, le 6 février contre Hull City (1:2), Vieira a été utilisée sur le flanc droit et s'est contenté de retrouver l'air de la Premier League.

Titularisé mardi contre Bolton (2:0), il a réussi une superbe passe décisive de 40 mètres pour Emmanuel Adebayor. Mais en raison de son manque de rythme, il a surtout perdu beaucoup de ballons et de duels, paraissant une nouvelle fois peu à l'aise sur le flanc droit alors qu'il est épanoui dans l'axe. "Physiquement il a souffert et cela s'est vu. Quand il aura retrouvé le rythme du haut niveau, il sera un joueur important pour nous", rassure Mancini.

Patrick Vieira a-t-il encore la capacité de retrouver cette foulée ample et élégante qui avait crevé l'écran le 12 juillet 1998 en finale de la Coupe du Monde de la FIFA lors d’un déboulé avec Emmanuel Petit sonnant le glas du Brésil (0:3) ? Est-il débarrassé de ses blessures récurrentes ? N'a-t-il pas atteint la limite d'âge ? Si beaucoup s’interrogent, le capitaine a, lui, sa réponse : "Je ne me vois pas louper la Coupe du Monde".