Un rêve brisé. C’est ainsi que David Beckham a accueilli la blessure au tendon d’Achille l'obligeant à quitter prématurément la pelouse de San Siro ce dimanche 14 mars 2010. Car même si au coup de sifflet final, l’AC Milan revenait à un point du leader et rival de l’Inter Milan, l’Anglais voyait déjà plus loin : avec une indisponibilité estimée à plusieurs mois, son espoir de terminer sa carrière internationale lors de la Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010 s’envolait…
Cet évènement, aussi malheureux pour l’intéressé que pour son sélectionneur Fabio Capello, ou pour les spectateurs Sud-Africains qui espéraient voir jouer l’un des joueurs les plus populaires de la planète, n’est malheureusement pas le premier du genre. Car si chaque Coupe du Monde a révélé des héros, elles ont aussi fait des malheureux, privés de la fête du football à cause de blessures survenues au pire moment.
Quelques semaines avant Beckham, l’Angleterre avait déjà enregistré le forfait de Michael Owen, une situation qui rappelle étrangement l’édition 2002 où quelques semaines avant le tournoi, l’équipe alors entraînée par Sven-G?ran Eriksson avait été privée de Steven Gerrard et Gary Neville. On ne saura jamais si avec ces deux atouts, les Anglais auraient passé l’obstacle des quarts de finale, où le Brésil avait stoppé leur route pour tailler la sienne vers son cinquième titre mondial. Mais si la victoire finale a rendu heureux 190 millions de Brésiliens, on imagine en tout cas le goût amer qu'elle a dû laisser à l'un d'entre eux...
Histoires de gardien
La veille de l’entrée en lice de son équipe contre la Turquie, Emerson, alors capitaine de la Seleçao,
eut la mauvaise idée de terminer l’entraînement au poste de gardien de
but pour amuser ses coéquipiers. Mais la plaisanterie tourne au
vinaigre quand le milieu de terrain de l’AS Rome se réceptionne mal sur
un plongeon. Verdict, luxation de l’épaule, quatre semaines d’arrêt, et
beaucoup de regrets. Ironie du sort, lors de l’édition précédente, ce
même Emerson n’avait dû sa présence dans le groupe brésilien qu’à la
blessure musculaire de Rom?rio qui avait privé O Baixinho du voyage en France…
Lui aussi absent de Corée/Japon 2002, l’Espagnol Santiago Ca?izares, à la différence d’Emerson, est un gardien de but de métier. Mais ses réflexes sont plus efficaces sur le rectangle vert que dans sa salle de bains : une bouteille de parfum lui échappe, se casse et un éclat vient sectionner un tendon de son orteil. Longtemps doublure d’Andoni Zubizarreta, le portier de Valence était sur le point de disputer sa première grande compétition. Au lieu de cela, c’est le jeune Iker Casillas qui sera lancé dans le grand bain… et qui garde toujours les cages de la Roja aujourd’hui.
La Coupe du Monde de la FIFA 2002 fut décidemment celle des malchanceux. Pour la première apparition de son pays dans l’épreuve suprême, qui plus est sur le continent asiatique, le milieu de terrain de la RP Chine Li Ming se blessa à quelques jours de ses débuts sur la scène mondiale. Joueur le plus capé de l’histoire de sa sélection, Ming raccrochera les crampons en 2004 sans avoir jamais disputé l'épreuve reine.
Tenants du trophée, les Français Robert Pirès et Christian Karembeu n’ont pas eu l’occasion de défendre leur titre, victimes respectivement d’une rupture des ligaments croisés du genou et d’une blessure aux adducteurs. Peut-être que la piètre prestation des Bleus, sortis au premier tour, a atténué la déception des deux champions du monde… Le défenseur et capitaine argentin Roberto Ayala, lui, avait fait le voyage avec sa sélection. Mais il ne s’attendait vraisemblablement pas à passer les trois matches de son équipe sur le banc après s’être blessé à l’échauffement pour l’entrée en lice des Albicelestes contre le Nigeria. Il n’imaginait pas non plus que ces trois rencontres seraient les seules que disputeraient l’Argentine avant d’être éliminée dès la phase de groupes…
Double et triple coup du sort
L’Allemagne, elle, avait atteint la finale. Le défenseur Jens Nowotny et le milieu de terrain Sebastian Deisler
auraient dû être de cette épopée, mais le destin en a décidé autrement.
Le premier se blessa en demi-finale de Ligue des champions de l’UEFA
avec le Bayer Leverkusen après avoir pris part à tous les matches
qualificatifs de la Mannschaft, tandis que le meneur de jeu
du Hertha Berlin eut la jambe cassée lors d’un match amical contre
l’Autriche à quelques semaines du coup d’envoi du tournoi. Si Nowotny
se consolera quatre ans plus tard en disputant l’édition 2006 sur ses
terres, Deisler sera rattrapé par la poisse. En mars 2006, une grave
blessure au genou le prive de la compétition que les hommes de Jürgen
Klinsmann termineront avec la médaille de bronze.
Autre preuve que la foudre peut tomber deux fois au même endroit, le Français Djibril Cissé a connu deux fractures tibia-péroné à quelques mois d’intervalle. La deuxième est malheureusement survenue lors d’un match de préparation des Bleus contre la RP Chine la veille de leur départ pour l’Allemagne en mai 2006. Une situation qu’un autre Tricolore avait vécu 20 ans auparavant. José Touré, attaquant du FC Nantes, avait manqué sur blessure successivement l’UEFA EURO 1984 et la Coupe du Monde de la FIFA 1986.
Lors de l’édition mexicaine, l’Argentine se présentait avec son emblématique défenseur Daniel Passarella, premier Argentin à avoir soulevé le trophée suprême, en étant capitaine huit ans auparavant. Mais un virus contracté à son arrivée en terres aztèques a cloué au lit un Gran Capitan, affaibli et ayant perdu plusieurs kilos, mais qui a tenu à rester avec sa délégation. C’est donc de l’hôpital et du banc de touche qu’il a assisté à la nomination d’un nouveau capitaine qui allait emmener les Albicelestes à leur deuxième sacre mondial. Il s’appelait Diego Maradona...
Quelques décennies plus tôt, un autre Argentin a construit sa légende en multipliant les exploits en Amérique du Sud et en Europe. Mais Alfredo Di Stefano a été aussi heureux en club que malheureux en sélection. Bien qu’ayant joué pour trois pays différents, il n’a jamais disputé l’épreuve reine. Privé de Brésil 1950 avec l’Argentine pour raison politiques, de Suisse 1954 pour cause de suspension avec la Colombie, il prit part à la qualification de l’Espagne pour Chili 1962… qu’il manqua pour cause de blessure musculaire !
Le malheur des uns faisant souvent le bonheur des autres, terminons ce triste tour du monde sur une note d’optimisme. Avant de s’envoler pour la Suède en 1958, la France perd ses deux buteurs attitrés Thadée Cisowski et René Bliard. Ce double coup du sort permettra à un certain Just Fontaine d’être titularisé à la pointe de l’attaque tricolore et d’inscrire la bagatelle de 13 buts dans le tournoi, une performance jamais égalée depuis.
Déjà forfaits pour Afrique du Sud 2010, le Brésilien Anderson, le Portugais Bosingwa ou les Anglais Beckham et Owen ne le savent pas encore, mais leur malchance marquera peut-être le point de départ de nouvelles légendes de la Coupe du Monde…















