Le Ghana avait déjà étonné beaucoup de monde en s’invitant en finale
de la Coupe d’Afrique des Nations de la CAF, en janvier dernier.
Aujourd’hui, il confirme et pourrait même entrer dans l’histoire du
football africain. Pour leur deuxième participation seulement à la Coupe
du Monde de la FIFA, après l’édition 2006, les Black Stars ont
la possibilité de devenir la première sélection africaine à atteindre
le dernier carré de l’épreuve suprême, en cas de qualification face à
l’Uruguay. Littéralement décimé par les blessures, le Ghana avait
joué les trouble-fêtes en Angola grâce à une équipe composée en grande
partie de jeunes joueurs tout juste sortis du rang des Black
Starlets, vainqueurs de la Coupe du Monde U-20 de la FIFA, Egypte
2009. A l’approche de l’épreuve reine, peu de gens auraient cru les
Ghanéens capables de se relever après la blessure de leur milieu
emblématique, Michael Essien. Cela n’a pas empêché le sélectionneur
Milovan Rajevac de bâtir un groupe solide, difficile à manœuvrer et
relativement à l’aise dans l’animation offensive. Au passage, le
technicien a été loué pour sa stratégie et ses choix de composition. Ce
n’est donc pas une surprise si le Ghana s’est révélé être l’équipe la
plus intelligente tactiquement et la plus prometteuse du continent.  Si nous nous qualifions pour les demi-finales de la Coupe du
Monde, nous serions la première équipe africaine à y parvenir. Il n’y a
rien qui puisse nous motiver davantage.  Qui
se ressemble s’assemble Comme l’explique
le capitaine ghanéen Stephen Appiah à la FIFA, Rajevac,
qui a pris les rênes de la sélection en 2008, a conquis l’équipe par
ses méthodes de préparation et sa mentalité. "Tactiquement, notre
sélectionneur est très intelligent", confie-t-il à propos du stratège
serbe. "Il passe son temps à analyser des vidéos de l’équipe adverse.
Dans certains matches, on a pu constater que la moindre petite erreur
pouvait suffire à vous faire encaisser un but et à vous éliminer d’un
tournoi. C’est pourquoi il n’arrête pas de nous répéter que nous devons
rester très vigilants dans notre manière de défendre et que nous devons
nous projeter vers l’avant si nous en avons la possibilité. Cette
stratégie est payante. Comme vous pouvez le voir, nous avons inscrit un
but dans chacun de nos matches et cela a fonctionné !" Le parcours
du Ghana jusqu’en finale de la CAN a été marqué par trois victoires
consécutives sur le score de 1:0. En deuxième phase, les buts décisifs
avaient été inscrits à deux reprises par le même homme, Asamoah Gyan,
auteur de trois réalisations jusqu’ici en Afrique du Sud. L’attaquant du
Stade Rennais a même donné la victoire à son pays contre la Serbie et
les Etats-Unis. Gyan explique que l’équipe avait appris à avoir
confiance dans les choix du technicien et que ce dernier avait su
insuffler une énergie positive dans le groupe. "Je pense que parfois, il
peut faire des choix curieux que vous avez du mal à comprendre en tant
que joueur. Mais une fois sur le terrain, les choses se passent comme il
l’avait prévu", concède Gyan à propos de Rajevac, qui n’a pourtant
jamais dirigé un grand club ou une sélection prestigieuse. "Il est très
calme et il n’est pas excessivement strict. En Afrique, nous
n’apprécions pas les entraîneurs trop stricts. Jouer au football, ce
n’est pas se battre, c’est avant tout s’amuser et s’assurer de faire de
son mieux. C’est pour ça que le courant passe bien avec lui. Il est fort
tactiquement et tout ce qu’il met en place fonctionne sur le terrain." Andre
Ayew, ancien capitaine des Black Starlets champions du monde
de leur catégorie en 2009, se félicite également de la manière dont
l’effectif a été assemblé. "Je pense qu’il a pris l’une de ses
meilleures décisions en associant des joueurs très jeunes avec d’autres
plus aguerris, analyse le fils du légendaire Abedi Pelé. L’énergie des
plus jeunes et contrebalancée par l’expérience des anciens." Une
nouvelle surprise pour l’Uruguay ? Face aux Etats-Unis,
Rajevac avait surpris de nombreux observateurs en titularisant l’un de
ces tout jeunes joueurs, Samuel Inkoom, au poste de milieu droit.
Révélation de l’équipe lors de la CAN en Angola, le sociétaire du FC
Bâle n’avait pas foulé la pelouse une seule minute jusqu’au duel face
aux Stars and Stripes. Mais par sa vitesse et sa puissance, il a
constamment exploité les faiblesses du couloir gauche américain,
ouvrant des espaces aux autres milieux au cours du succès 2:1 des
Africains après prolongation. Avec la suspension d’Ayew et les
incertitudes pesant sur l’état de santé de certains titulaires, Rajevac
pourrait bien lancer certains joueurs jusqu’ici peu mis à contribution. "Nous
verrons comment gérer tout cela au mieux", indique avec prudence le
technicien sans paraître s’inquiéter outre-mesure. "Nous disposons de 23
joueurs et chacun d’entre eux peut entrer en jeu. S’ils sont ici, c’est
qu’ils méritent leur place. Ce sont tous d’excellents joueurs. Nous
attendrons le jour-J pour annoncer la composition de l’équipe. Les
joueurs blessés seront remplacés par ceux qui seront aptes. Une chose
est sûre, c’est que nous serons à onze contre onze sur le terrain." Si,
à l’image de ses joueurs, Rajevac semble incarner la sérénité même, il
admet être quelque peu grisé par la tournure des événements. "Notre
groupe est déjà entré dans l’histoire car c’est la première fois que le
Ghana arrive à un tel stade de la compétition. Et si nous nous
qualifions pour les demi-finales, nous serions la première équipe
africaine à y parvenir. Il n’y a rien qui puisse nous motiver
davantage. Mais il s’agit également d’une compétition et, naturellement,
cela signifie beaucoup pour le Ghana, l’Afrique et l’image que nous
donnons au monde entier. Mais si nous nous laissons envahir par toute
cette pression, cela ne peut que nous desservir." |